À une heure et demie de route de Bichkek, une haute tour de brique rouge se dresse, seule, au milieu de la vallée de la Tchou. C'est la tour de Burana, l'un des plus anciens monuments d'Asie centrale et le dernier grand témoin d'une cité disparue : Balasagun. Voici son histoire et ce qu'il faut savoir avant de la visiter.
Un minaret de la Route de la Soie
La tour de Burana est un minaret construit par les Karakhanides. La cité de Balasagun, dont elle marquait le cœur, a été fondée à la fin du IXe siècle et fut l'une des capitales de ce puissant empire médiéval qui s'étendait, aux Xe et XIe siècles, du Turkestan oriental jusqu'à l'Amou-Daria.
Le minaret lui-même est daté du XIe siècle (les sources situent sa construction entre la fin du Xe et le XIe siècle). Il servait à la fois de tour pour l'appel à la prière et de repère pour les caravanes qui empruntaient la Route de la Soie. Sa forme a même servi de modèle à d'autres minarets d'Asie centrale, comme le célèbre minaret Kalyan de Boukhara, bâti en 1127 (source : Kyrgyzstan Tourism). Le mot « Burana » viendrait de l'arabe « munara », qui signifie minaret.
Les chiffres : avant et après
C'est le contraste le plus frappant du site. À l'origine, la tour culminait à environ 45 mètres de hauteur (les estimations vont de 40 à 46 mètres selon les sources). Au fil des siècles, une série de tremblements de terre a gravement endommagé la structure, et un séisme majeur, situé autour du XVe siècle, a détruit toute la partie supérieure.
Résultat : la tour ne mesure plus aujourd'hui qu'environ 25 mètres de haut (certaines mesures indiquent 24,6 m). Elle présente un diamètre d'environ 9 mètres à la base, qui se réduit vers le sommet, et repose sur des fondations enfoncées à près de 5 mètres dans le sol. On passe donc d'un géant de 45 mètres à un vestige de 25 mètres : près de la moitié de la tour a disparu.
La ville, elle, n'a pas survécu. En 1218, Balasagun se rend sans combat aux Mongols. Elle continue d'exister aux XIIIe et XIVe siècles mais perd son importance, puis ses habitants la quittent peu à peu jusqu'à son abandon.
La restauration
Face au risque d'effondrement, la tour a été restaurée au XXe siècle. Des travaux de réparation et de conservation ont eu lieu dès 1927-1928, puis une restauration plus importante dans les années 1970, alors qu'on craignait que le minaret ne s'écroule. La déformation de la tour, qui penchait vers le sud-ouest à cause des vents dominants et du climat, a été stabilisée par un renforcement de la base. Aujourd'hui, un escalier extérieur puis un escalier en colimaçon intérieur, étroit et raide, permettent de monter jusqu'au sommet (prévoyez une lampe, il fait sombre à l'intérieur).
La légende de la fille du roi
Comme souvent en Asie centrale, la tour a sa légende. On raconte qu'un roi la fit construire pour y protéger sa fille unique, après qu'un devin eut prédit qu'elle mourrait de la morsure d'une araignée venimeuse. Malgré tous les efforts du père pour l'isoler au sommet, la jeune fille n'échappa pas à son destin funeste. La tour serait alors devenue le mausolée de la princesse. Rien ne prouve cette histoire, mais elle fait partie du charme du lieu.
Que voir sur le site aujourd'hui
La tour n'est que l'élément le plus visible d'un complexe historique à ciel ouvert. Sur place, on découvre aussi les vestiges des fondations de mausolées, les traces de la citadelle et, surtout, le fameux « jardin de pierres » : une collection de balbals, ces statues de pierre gravées de visages, de coiffures et de bijoux, datées du VIe au Xe siècle, ainsi que des pierres à pétroglyphes. Un petit musée expose des objets issus des fouilles.
Du haut de la tour, par temps clair, la vue porte sur les champs environnants, les tumulus de l'ancienne cité et, au loin, les sommets enneigés du Tian Shan.
Infos pratiques pour la visite
La tour de Burana se situe dans la région de la Tchou, dans le nord du Kirghizstan, à environ 80 km à l'est de Bichkek, près de la ville de Tokmok. C'est une excursion idéale au départ de la capitale, souvent combinée avec le début d'un circuit vers le lac Issyk-Kul. Comptez une à deux heures sur place pour la tour, le jardin de pierres et le musée.
La tour de Burana est incluse dès la première journée de plusieurs de nos circuits au Kirghizstan. Pour la suite du voyage, découvrez notre guide du lac Song-Köl et notre article sur l'histoire du Kirghizstan.