Comprendre le Kirghizstan, c'est d'abord comprendre son histoire : celle d'un peuple nomade venu de Sibérie, façonné par les montagnes du Tian Shan, la Route de la Soie et deux siècles de domination étrangère, avant de devenir une jeune république indépendante en 1991. Voici l'essentiel à connaître avant un voyage au Kirghizstan.
Aux origines : un peuple venu du Ienisseï
Les montagnes du Tian Shan sont habitées depuis très longtemps. Des outils de pierre y attestent une présence humaine il y a environ 200 000 à 300 000 ans, et les premières traces écrites d'une civilisation dans la région apparaissent dans les chroniques chinoises vers 2000 av. J.-C.
Mais les ancêtres directs des Kirghizes actuels viennent d'ailleurs. On trouve leur trace la plus ancienne dans la vallée du fleuve Ienisseï, en Sibérie méridionale. Les Kirghizes du Ienisseï apparaissent pour la première fois dans les archives chinoises, les « Mémoires historiques » de Sima Qian rédigés entre 109 et 91 av. J.-C., sous le nom de Gekun ou Jiankun. Fait curieux relevé par plusieurs sources anciennes : les textes chinois du IIe siècle av. J.-C. et les sources musulmanes du VIIe au XIIe siècle décrivent les Kirghizes comme un peuple aux cheveux roux, au teint clair et aux yeux verts ou bleus (source : Wikipedia, History of Kyrgyzstan).
En 840 de notre ère, les Kirghizes du Ienisseï défont le Khaganat ouïghour et connaissent leur apogée, s'étendant jusqu'au Tian Shan où ils maintiennent leur domination pendant environ deux siècles. C'est le grand mouvement de migration vers le sud, vers l'actuel Kirghizstan.
La Route de la Soie et l'arrivée de l'islam
Pendant des siècles, le territoire kirghize joue un rôle essentiel comme étape sur la Route de la Soie, l'axe commercial qui reliait la Chine à l'Occident à travers l'Asie. Les vallées de montagne du Tian Shan et du Pamir voyaient passer marchands, pèlerins et idées.
Un moment marque un tournant religieux : la bataille de Talas, en 751, oppose la dynastie chinoise des Tang au califat abbasside. Jusque-là majoritairement bouddhiste et marquée par le tengrisme (une ancienne religion centrée sur la nature et le ciel), l'Asie centrale bascule progressivement vers l'islam à partir de cet événement.
Aux Xe et XIe siècles, la région est au cœur de l'empire karakhanide, dont l'une des capitales, Balasagun, se dressait dans la vallée de la Tchou. Il en reste aujourd'hui la célèbre tour de Burana, l'un des plus anciens monuments d'Asie centrale, à visiter facilement depuis Bichkek.
Mongols, Kokand et conquête russe
Au début du XIIIe siècle, l'Empire mongol de Gengis Khan déferle sur la région. En 1218, Balasagun se rend sans combattre aux avant-gardes mongoles. Le territoire passe ensuite sous le contrôle de divers pouvoirs nomades issus de l'éclatement de l'empire mongol : Kalmouks, Oïrats, Dzoungars se succèdent au fil des rapports de force.
À partir du début du XVIIIe siècle, les Kirghizes tombent sous l'autorité du khanat de Kokand, qui fonde notamment la forteresse de Pichpek, future Bichkek. Puis vient la Russie : le nord du Kirghizstan est annexé à l'Empire russe en 1863, et le sud en 1876. En 1878, les autorités tsaristes donnent à Pichpek le statut de ville.
La période soviétique (1917-1991)
Après la révolution russe de 1917, l'Asie centrale est réorganisée selon des critères ethniques. Le 14 octobre 1924 naît la région autonome du Kara-Kirghizstan, première étape vers un État kirghize de type soviétique. En 1936, la République socialiste soviétique kirghize est créée et devient l'une des républiques constitutives de l'URSS. La capitale, elle, s'appelle Frounze de 1926 à 1990, avant de reprendre le nom de Bichkek.
Cette période transforme profondément le pays. La collectivisation force les familles nomades à se sédentariser dans des villages et des kolkhozes, la vie nomade traditionnelle est démantelée, et le pays s'industrialise et s'urbanise. Le bilan est double : modernisation, alphabétisation et hausse du niveau de vie d'un côté, mais aussi drames humains liés au régime totalitaire de l'autre.
C'est aussi à l'époque russe qu'est fixée par écrit l'épopée de Manas (voir plus bas) : on doit à l'explorateur Tchokan Valikhanov, en 1856, la première version écrite de ce texte fondateur.
L'épopée de Manas, l'âme du pays
Impossible de parler d'histoire kirghize sans évoquer Manas. Cette épopée, l'une des plus longues du monde, raconte comment le héros Manas unit quarante tribus dispersées pour défendre le peuple kirghize. Transmise oralement pendant des siècles par des bardes appelés manaschis, elle constitue le socle de l'identité nationale.
Le gouvernement kirghize a célébré en 1995 le millénaire de l'épopée, et l'UNESCO l'a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Pour les Kirghizes, Manas n'est pas qu'un poème : c'est un repère moral et une fierté nationale que l'on retrouve partout dans le pays.
L'indépendance et le Kirghizstan d'aujourd'hui
La fin de l'URSS ouvre une nouvelle ère. Le 15 décembre 1990, le Conseil suprême adopte la Déclaration de souveraineté de la République. Puis, après l'échec du coup d'État de Moscou, le Kirghizstan déclare son indépendance le 31 août 1991, quelques mois avant l'effondrement officiel de l'Union soviétique. Askar Akaïev, au pouvoir depuis 1990, devient le premier président du pays indépendant.
Les symboles d'un État souverain suivent rapidement : la première Constitution est adoptée le 5 mai 1993, et la monnaie nationale, le som, est introduite le 10 mai 1993.
La vie politique reste ensuite mouvementée, avec plusieurs soulèvements populaires : la « révolution des Tulipes » de 2005, qui évince Akaïev sur fond d'accusations de fraude électorale, puis la révolution de 2010, qui pousse à l'exil le président Bakiev et débouche sur une nouvelle Constitution parlementaire. En 2021, Sadyr Japarov accède à la présidence. Aujourd'hui, ce pays d'Asie centrale sans accès à la mer, d'une superficie d'environ 198 500 km², compte à peu près 6 millions d'habitants (source : Wikipedia, chiffres 2024).
Ce que cette histoire change pour votre voyage
Cette histoire n'est pas qu'une affaire de dates : elle se voit et se vit sur place. Les yourtes des éleveurs à Song-Köl prolongent une culture nomade millénaire, la tour de Burana témoigne de la Route de la Soie et de l'empire karakhanide, et le caravansérail de Tash-Rabat rappelle les caravanes qui traversaient ces montagnes. Voyager au Kirghizstan en 4x4, c'est traverser toutes ces strates d'histoire en quelques jours.
Pour aller plus loin, découvrez nos circuits au Kirghizstan de 6 à 10 jours, notre article sur la tour de Burana et notre guide du lac Song-Köl.